Né en 1946, à Boujan-sur-Libron à côté de Béziers, Jacques Aliaga, alors enfant, est envoyé par ses grands-parents en période de crue surveiller le ruisseau dont le niveau monte parfois brutalement à la faveur de pluies torrentielles et orageuses. En guise de repères, il place des piquets en bois pour évaluer la montée des eaux et tente d’anticiper l’ampleur des inondations dans le jardin familial et l’habitation du voisin. À l’âge de onze ans, il commence à conserver les articles de presse qui relatent les inondations qui touchent alors la région. Depuis, il n’a eu de cesse de rassembler des documents anciens et contemporains qui relatent des catastrophes jusqu’à en faire une véritable collection.
Les livres, les journaux illustrés et la presse quotidienne plus contemporaine apportent des photographies, des gravures et parfois des cartes qui témoignent de la répétition des inondations sur les mêmes territoires : “Qu’on ne vienne pas me dire qu’on ne savait pas ! 1840, 1856, 1886, 1890, 1896, 1907, 1910, 1935, 1951, 1955, 1957, 1990, 1993, 1994, 2002 et 2003…”, explique Jacques Aliaga à propos des inondations du Rhône. À chaque nouvel événement, il présente des images anciennes montrant les mêmes lieux sous les eaux. La répétition des dates atteste alors de la réalité du danger.
La collection s’inscrit aussi en résistance à la disparition des traces matérielles laissées par les inondations. Les hauteurs d’eau ne sont pas systématiquement inscrites sur les bâtiments publics, les repères parfois placés dans des endroits peu accessibles et peu visibles, certaines indications effacées. La conservation des images et des articles tend à constituer une mémoire des dégâts des catastrophes naturelles. Le retour chronique de ces phénomènes naturels justifie pour Jacques Aliaga un tel travail pour prévenir les futures catastrophes. Rendre le danger visible contrarie parfois les pratiques des populations qui tentent de “ vivre avec ”. Dès lors, l’exposition publique de sa collection revient pour certains à jouer les Cassandre et se traduit par des difficultés à la valoriser : “ Ils ne veulent pas le voir, ça leur ferait trop peur ”, confie Jacques Aliaga. |