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  Un élevage pastoral basé sur la souplesse de fonctionnement  

L’élevage ovin des régions méditerranéennes et montagnardes est profondément original à l’échelle nationale. Il est marqué par sa très forte composante pastorale, son caractère extensif, sa faible productivité et la place importante occupée par le gardiennage. Toutes caractéristiques qui le différencient des régions ovines herbagères (Limousin, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes notamment).

Cette dimension pastorale est un facteur de résistance face aux difficultés de la filière ovine au niveau national, ce que traduit le maintien du cheptel depuis une vingtaine d’années. L’élevage pastoral est résistant parce que son déploiement sur de vastes espaces naturels constitue un facteur de sécurité et de souplesse dans la conduite de l’alimentation du troupeau, notamment face aux aléas climatiques (la canicule de 2003 a été mieux supportée par les éleveurs provençaux que par leurs collègues du Massif Central) et parce que sa contribution à la gestion des espaces naturels l’a bien positionné par rapport aux mesures agri-environnementales. L’élevage pastoral est résistant, aussi, par essence : dans les montagnes sèches, il n’y a pas d’autre alternative pour l’agriculteur.
troupeau au pâturage
L’élevage pastoral se déploie sur près d’un million d’hectares dans les Alpes, composés à 40 % de parcours et à 60 % d’alpages, utilisés majoritairement par des ovins. De la Crau aux alpages, l’élevage ovin pastoral occupe ainsi une très grande diversité de milieux naturels.

Les systèmes d’élevage sont eux-mêmes très divers, en fonction de l’altitude de l’exploitation, du type d’agneau produit et des saisons de production, de la surface fourragère disponible et des stocks constitués ou achetés, des mouvements de transhumance estivaux ou hivernaux…

On estime généralement que les surfaces pastorales fournissent 50 à 70 % de l’alimentation du troupeau. C’est un facteur d’économie de moyens de production considérable, mais dont la mobilisation demande soit une maîtrise foncière permettant de clôturer les parcours, soit une importante mobilisation de main d’œuvre pour conduire les animaux. Le coût de la main d’œuvre associé à une faible productivité explique que ces systèmes extensifs ont bien souvent les coûts de production par agneau les plus élevés.

Berger et son troupeauLa conduite du troupeau au pâturage mobilise des savoir-faire complexes et pointus. Le berger, qu’il soit l’éleveur lui-même ou un salarié saisonnier, est seul responsable de la conduite pastorale et sanitaire du troupeau pendant la saison de pâturage. Il ajuste au plus près les besoins alimentaires des animaux à l’offre pastorale d’écosystèmes hétérogènes et à grande variabilité de production interannuelle. Il appuie son savoir sur le comportement spontané des animaux. Il oriente plus qu’il ne contraint. Il respecte le rythme de pâturage des animaux tout au long de la journée et de la saison.

En parcs clôturés, les règles de gestion pastorale dépendent de la saison, du type de milieu et du lot d’animaux présent. Au plus près des besoins des animaux, le pâturage de la pousse de l’herbe ou son report sur pied permet d’assurer des ressources en toute saison. Les arbustes, s’ils représentent un obstacle au pâturage, assurent aussi une ressource complémentaire bienvenue. Dans bien des cas, la gestion pastorale contribue ainsi à la maîtrise de l’embroussaillement. Les savoir-faire pastoraux permettent ainsi de valoriser la pousse de l’herbe dans des milieux où, contrairement à l’espace agricole, il n’y a aucune maîtrise des facteurs de production, que ce soit par le labour, l’engrais, l’irrigation, le drainage, la fauche des refus…

Entre une année sèche et une année bien arrosée, la ressource pastorale peut varier du simple au double pour un effectif stable. Seule une grande souplesse dans l’organisation du pâturage permet de sécuriser, année après année, l’alimentation du troupeau dans des conditions aussi variables.

Souplesse aussi face aux nombreuses contraintes que rencontre le berger sur des espaces pâturés où il croise de nombreux autres usagers. N’oublions pas cependant que les pâturages de montagne sont bien souvent des espaces privés, et toujours des espaces où l’éleveur paie le droit d’amener son troupeau.