Les stratégies de protection des troupeaux impliquent une forte mobilisation de main-d’œuvre supplémentaire alors que le revenu d’exploitation reste constant. Elles ont un impact fort sur la rentabilité économique des systèmes de production ou sur la charge de travail de l’éleveur et ne garantissent pas un arrêt de la prédation. Dans ce contexte, une adaptation autonome de l’élevage de montagne à la présence de ce prédateur est difficile.
Le financement des mesures de protection et de l’indemnisation des dommages, dont la poursuite est prévue dans le cadre du nouveau plan d’action sur le loup 2008-2012, est un élément essentiel, bien que pas toujours suffisant, en vue de limiter les impacts du loup sur l’élevage.
Les perspectives d’évolution des systèmes d’élevage pastoraux soumis à la contrainte de la présence de loups sont cependant diverses :
un élevage grand transhumant qui devrait se pérenniser. La période estivale est stratégique dans les exploitations et il n’y a pas de risque d’abandon. La période d’exposition au risque est limitée dans le temps et les gros effectifs unitaires concernés permettent de mieux amortir l’ensemble des moyens de protection ;
un élevage montagnard tenté par le repli pastoral et l’intensification de la production. Face à un espace pastoral "dangereux", certains éleveurs disposant d’une structure d’exploitation favorable peuvent être tentés de retirer leurs animaux et de les concentrer sur la SAU (Surface Agricole Utile), dans une perspective plus intensive ;
un élevage très pastoral des montagnes méditerranéennes qui est devenu très dépendant des financements attribués au titre du loup. En l’absence de base fourragère et prairiale, ces éleveurs ne peuvent se passer de leurs surfaces pastorales et l’exposition de leur troupeau au risque est maximale (toute l’année, tous les lots d’animaux) ;
des éleveurs diversifiés ou pluriactifs qui risquent d’abandonner l’atelier ovin si les pertes, les coûts ou les contraintes leur paraissent excessives. Ces éleveurs ont un effectif réduit et n’ont pas de marge de manœuvre à investir dans l’atelier ovin qui n’est pas leur revenu principal.
La présence actuelle de la population de loups dans les Alpes touche des types d’élevages très divers avec des facteurs de vulnérabilité plus ou moins forts (durée au pâturage, présence d’agneaux au pâturage, allotement, pâturage en parcs clôturés, configuration des lieux : relief, zones embroussaillées...).
L’expansion de la population de loups dans et en-dehors des Alpes est susceptible de toucher de nouveaux troupeaux qui pourront concentrer certains de ces facteurs de vulnérabilité (notamment systèmes de pâturage tout parc et constitution de plusieurs lots d’animaux de taille réduite).
Le plan d’action national sur le loup 2008-2012 prévoit le développement d’expérimentations, avec un rôle-clé des parcs naturels régionaux et pars nationaux, en vue de faciliter l’adaptation des mesures de protection dans ces nouveaux contextes.
Il prévoit également la mise en oeuvre d’une gestion différenciée de la population de loups, en vue de prévenir les dégâts importants à l’élevage. La prise en compte de critères à la fois biologiques et anthropiques doit permettre de mieux répondre aux spécificités de chaque situation rencontrée.